
Le colloque international sur l’éducation aux médias, à l’information et à la citoyenneté numérique s’est tenu à l’hôtel Itsandra, à Moroni, les 5 et 6 mai 2026. Treize instances de régulation africaines y ont répondu à l’invitation du Conseil national de la presse et de l’audiovisuel des Comores.
À l’ouverture, le président Azali Assoumani a qualifié l’éducation aux médias de pierre angulaire d’une démocratie moderne. Pour lui, savoir s’informer correctement n’est plus un détail technique, mais une condition pour réussir socialement et politiquement.
La ministre de l’Information, Fatima Ahamada, a tranché sur la méthode : pas de censure. « On ne protégera pas notre jeunesse en coupant Internet. On la protégera en lui apprenant à lire une information et à vérifier une source », a-t-elle déclaré. L’idée derrière cette phrase : transformer des jeunes souvent passifs face aux réseaux sociaux en utilisateurs capables de faire le tri eux-mêmes.
Six résolutions, et un droit nouveau
Le colloque a débouché sur six résolutions. La plus structurante : intégrer l’éducation aux médias dans les programmes scolaires, du primaire à l’université. La « Déclaration de Moroni », adoptée à cette occasion, va plus loin encore — elle pose cette éducation comme un droit fondamental pour chaque citoyen africain.
Deepfakes et IA : le chantier qui inquiète
Une bonne partie des discussions a porté sur les deepfakes et l’intelligence artificielle utilisée à des fins de manipulation. Les régulateurs présents réclament des cadres juridiques plus stricts, à la fois pour encadrer l’IA et pour protéger les données personnelles des internautes africains. Aboubakari Boina, président du CNPA, a reconnu que les outils techniques pour détecter ces contenus truqués manquent encore. Il compte sur le RIARC, le réseau des instances de régulation, pour mutualiser formations et moyens entre pays.
Ce que les Comores en font concrètement
Pour le CNPA, l’affaire ne s’arrête pas à Moroni. L’institution s’engage dès cette année sur trois chantiers : un diagnostic national de l’éducation aux médias, des assises associant société civile et écoles, et une feuille de route pluriannuelle pour faire évoluer le paysage médiatique comorien.
La Déclaration de Moroni vise large : faire entrer cet apprentissage dans les écoles, les quartiers, et jusque dans les mosquées.